Le numérique ne transforme pas automatiquement une formation
Le développement des outils numériques a profondément élargi les possibilités de formation.
Vidéos, classes virtuelles, capsules, plateformes LMS, activités interactives, quiz, simulations, ressources téléchargeables ou micro-learning permettent aujourd’hui de construire des parcours très différents d’une formation traditionnelle.
Mais disposer de nombreux outils ne signifie pas nécessairement concevoir une meilleure formation.
Une présentation PowerPoint transformée en PDF reste essentiellement une présentation.
Une vidéo longue qui reprend mot pour mot un cours présentiel ne devient pas automatiquement une ressource de Digital Learning.
Et un quiz ajouté à la fin d’un module ne transforme pas à lui seul une séquence en expérience interactive.
Le numérique est un moyen pédagogique. Il n’est pas une pédagogie en soi.
C’est cette distinction qui devrait guider toute démarche de digitalisation.
Digitaliser ou concevoir autrement ?
Avant de choisir un outil, une question mérite d’être posée :
Qu’est-ce que le numérique permet ici de faire mieux, autrement ou à un moment plus pertinent ?
Cette question change complètement la manière d’aborder la conception.
Si une information peut être transmise efficacement par une courte ressource consultable à tout moment, une capsule peut être pertinente.
Si l’objectif est de confronter les participants à une situation professionnelle, une activité interactive ou une étude de cas peut être plus intéressante.
Si les apprenants doivent échanger sur une problématique complexe, une classe virtuelle ou un temps collectif peut être préférable.
Si l’objectif est de s’entraîner à une pratique, une mise en situation reste parfois beaucoup plus pertinente qu’une vidéo.
Le choix de la modalité devrait donc découler de l’objectif pédagogique, et non de l’outil disponible.
La multimodalité : plusieurs modalités, une même intention pédagogique
La multimodalité consiste à articuler différentes modalités et différents supports au sein d’un parcours.
Présentiel, distanciel, ressources numériques, activités individuelles, échanges collectifs, vidéos, exercices, accompagnement ou temps de retour d’expérience peuvent ainsi être combinés.
Mais multimodal ne signifie pas :
« mettre le plus de formats possibles dans une formation ».
Au contraire.
Une multimodalité pertinente repose sur une question simple :
Quelle modalité est la plus adaptée à ce que l’apprenant doit réellement réaliser ?
Le présentiel peut être particulièrement intéressant pour expérimenter, pratiquer, échanger ou travailler une situation complexe.
Le distanciel peut permettre d’apprendre à son rythme, de préparer une séance ou de revenir sur une notion.
Une capsule vidéo peut introduire une notion.
Une activité interactive peut permettre de prendre une décision.
Un quiz peut aider à vérifier certains acquis.
Un temps d’accompagnement peut permettre de revenir sur les difficultés rencontrées.
La valeur vient donc de l’articulation entre les modalités, pas de leur accumulation.

Une question essentielle : que doit faire l’apprenant ?
C’est probablement l’une des questions les plus utiles lorsqu’on conçoit une formation numérique.
Au lieu de commencer par :
« Quel outil vais-je utiliser ? »
commençons par :
« Que devra faire l’apprenant ? »
Lire ?
Analyser ?
Comparer ?
Décider ?
Identifier un risque ?
Résoudre un problème ?
Expliquer ?
S’entraîner ?
Argumenter ?
Adapter sa pratique ?
Cette question permet ensuite de choisir la modalité la plus pertinente.
Exemple :
Si l’objectif est d’identifier des signes d’alerte dans une situation professionnelle, une courte vidéo présentant une situation suivie d’une activité d’analyse peut être plus pertinente qu’une longue présentation théorique.
Si l’objectif est de s’entraîner à prendre une décision, une étude de cas interactive peut permettre au participant de faire un choix, d’en observer les conséquences et de revenir sur son raisonnement.
Si l’objectif est de retenir une information essentielle, une capsule courte ou une fiche mémo peut suffire.
Le numérique devient alors intéressant parce qu’il permet de faire vivre une situation d’apprentissage, et pas seulement de diffuser de l’information.
Le Digital Learning ne doit pas reproduire les défauts du présentiel
Une erreur fréquente consiste à vouloir reproduire à distance exactement ce qui se faisait en salle.
Une journée de sept heures découpée en longues visioconférences n’est pas nécessairement une formation digitale de qualité.
De la même manière, transformer un diaporama de 80 diapositives en succession de pages numériques ne garantit pas une meilleure expérience d’apprentissage.
Le passage au numérique peut au contraire être l’occasion de repenser le parcours :
- Que peut-on apprendre avant la séance ?
- Que faut-il expérimenter avec le formateur ?
- Que peut-on travailler seul ?
- Quelle activité mérite un échange collectif ?
- Quelle ressource pourra être consultée après la formation ?
- À quel moment l’apprenant aura-t-il besoin d’un rappel ?
Cette réflexion permet de passer d’une logique de transposition à une logique de conception.
Le micro-learning : court ne veut pas dire simpliste
Le micro-learning constitue un bon exemple de cette nécessité de concevoir autrement.
Une séquence courte peut être très pertinente lorsqu’elle répond à un objectif précis.
Mais réduire une formation en découpant simplement son contenu en petites vidéos ne suffit pas.
Une capsule de cinq minutes peut être plus efficace qu’une heure de contenu lorsqu’elle répond à une question clairement identifiée.
À l’inverse, une notion complexe nécessitant analyse, entraînement ou accompagnement ne pourra pas nécessairement être traitée correctement en quelques minutes.
Le micro-learning doit donc être pensé selon la nature de l’apprentissage recherché, et non selon une durée arbitraire.
C’est notamment ce qui rend les formations flash en établissement intéressantes lorsqu’elles sont intégrées dans une stratégie pédagogique cohérente.
Une courte séquence peut par exemple venir :
rappeler → faire réfléchir → faire pratiquer → vérifier → réactiver.

Le numérique peut rapprocher la formation du terrain
C’est probablement l’une de ses plus grandes possibilités.
Une ressource numérique peut être consultée avant une situation professionnelle, pendant un parcours ou après une formation.
Elle peut accompagner un professionnel au moment où une question se pose réellement.
Imaginez, par exemple, un professionnel qui rencontre une situation qu’il a travaillée en formation.
Une courte ressource peut lui permettre de retrouver :
- une notion essentielle ;
- une procédure ;
- une question réflexive ;
- un rappel de vigilance ;
- une situation similaire ;
- ou un outil d’aide à la décision.
Le numérique devient alors un prolongement du parcours de formation, et non un espace séparé du travail.
Mais tout ne doit pas être digitalisé
C’est un point essentiel.
Le numérique ne constitue pas toujours la meilleure réponse.
Certaines compétences nécessitent :
- une présence humaine ;
- une observation ;
- une expérimentation ;
- une interaction ;
- une mise en situation ;
- un retour immédiat ;
- ou un accompagnement individualisé.
Dans ces situations, vouloir tout digitaliser peut même appauvrir l’apprentissage.
La question n’est donc pas :
« Présentiel ou numérique ? »
mais plutôt :
« Quelle combinaison de modalités permettra le mieux d’atteindre l’objectif ? »
C’est précisément là que la multimodalité prend tout son sens.

L’ingénierie pédagogique avant les outils
Un outil peut disparaître, évoluer ou être remplacé. La capacité à analyser un besoin, définir une stratégie pédagogique et construire une expérience d’apprentissage reste, elle, essentielle.
C’est pourquoi le choix des outils devrait intervenir après la réflexion pédagogique, et non l’inverse.
Une conception pertinente commence par l’identification du besoin professionnel et des compétences à développer. Elle conduit ensuite à préciser ce que l’apprenant devra être capable de réaliser, puis à sélectionner les situations et activités d’apprentissage les plus adaptées.
Ce n’est qu’à partir de cette réflexion que les modalités de formation peuvent être choisies : présentiel, distanciel, classe virtuelle, micro-learning, activité interactive, accompagnement…
Les outils numériques viennent ensuite, comme des moyens au service de ces choix pédagogiques.
Enfin, la conception doit anticiper l’évaluation des acquis et leur transfert dans la pratique professionnelle, afin que le parcours ne s’arrête pas à la fin de la formation.
Besoin → compétences → activités → modalités → outils → évaluation → transfert
Et l’intelligence artificielle dans tout cela ?
L’intelligence artificielle ouvre aujourd’hui de nouvelles possibilités pour les concepteurs : génération de supports, adaptation de contenus, scénarisation, création d’images, assistance à la rédaction ou production de variantes pédagogiques.
Mais là encore, un outil capable de produire rapidement un contenu ne garantit pas sa pertinence pédagogique.
Une IA peut générer une activité.
Elle ne connaît pas nécessairement le contexte précis dans lequel cette activité sera utilisée, les contraintes du métier, les représentations des apprenants ou les conséquences d’une mauvaise compréhension.
La valeur ajoutée du concepteur reste donc essentielle :
analyser, sélectionner, contextualiser, vérifier et donner du sens.
L’IA peut accélérer certaines étapes de production.
Elle ne remplace pas la réflexion pédagogique
La technologie doit rester au service de l’humain
Une formation numérique réussie n’est pas celle qui utilise le plus de technologies.
C’est celle dans laquelle chaque choix technique sert une intention pédagogique identifiable.
Une vidéo doit avoir une fonction.
Une activité interactive doit avoir une fonction.
Un quiz doit avoir une fonction.
Une capsule doit avoir une fonction.
Et parfois, la meilleure décision pédagogique consiste précisément à ne pas utiliser d’outil numérique.
Cette approche permet de conserver ce qui fait la richesse de la formation professionnelle : la confrontation aux situations, l’échange, l’expérience, le questionnement et la capacité à transférer les acquis dans la réalité du travail.
Chez E-soign formation : concevoir avant de digitaliser
Chez E-soign formation, le numérique est envisagé comme un levier au service de la pédagogie, et non comme une finalité.
La multimodalité permet d’articuler différentes expériences d’apprentissage selon les objectifs, les publics et les contraintes professionnelles.
Présentiel, distanciel, ressources numériques, micro-learning, activités interactives ou accompagnement peuvent ainsi être mobilisés lorsque leur pertinence pédagogique est démontrée.
L’objectif reste le même :
concevoir des parcours qui font sens pour les professionnels et qui peuvent trouver leur place dans leur réalité de travail.
À retenir
Digitaliser une formation, ce n’est pas mettre une formation sur écran.
C’est repenser l’expérience d’apprentissage en se demandant :
Pourquoi cette modalité ?
Pour quel objectif ?
Pour quel public ?
Dans quelle situation professionnelle ?
Et pour quel transfert dans la pratique ?
Le numérique devient réellement intéressant lorsqu’il permet de faire autrement ce qui mérite de l’être, tout en conservant ce qui nécessite une présence, une interaction ou une expérience humaine.
Le bon outil n’est pas celui qui impressionne. C’est celui qui sert réellement l’apprentissage.
Une dernière idée à retenir
Avant de choisir un outil, concevons l’apprentissage.
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